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«L'appartenance»

Il y a longtemps que ce sujet me tracasse: l'appartenance; s'y intéressent même des chercheurs de l'Université Laval de Québec  (l'historien M. Jocelyn Létourneau) et de l'Université York (l'historien David Northrup). Depuis que je suis jeune, du primaire au début du secondaire, l'école nous enseignait l'appartenance à un groupe par le jeu en équipe et autres démonstrations: la levée du drapeau et le chant de l'Hymne national à tous les vendredis midi. Je ne reconnais plus cette valeur dans la société actuelle du Québec. La population du Québec ne montre pas de signes d'appartenance, ni à sa famille élargie, ni à son pays, ni à sa province, ni à sa commission scolaire,  sauf à sa municipalité si c'est en campagne; cette assertion est forte mais, pour faire image, j'ai été volontairement loin dans cette direction, à vous d'en juger.  L'éclatement des familles en est peut-être une conséquence ou un exemple, non seulement en raison des divorces, mais aussi par l'utilisation de plusieurs noms de familles portés par les enfants d’une même famille: nom de la mère, nom du père, nom de la mère suivi du nom du père et vice-versa. Je ne suis pas contre le fait que le nom de la mère soit porté par les enfants, au contraire, mais il faudrait mieux encadrer cette pratique afin de préserver la lignée héréditaire. Il est ainsi plus facile d’assurer la connaissance de ses origines, et cela permet de renforcer son appartenance au groupe familial.

Malheureusement, nous le constatons, le désintérêt des jeunes pour nos rassemblements en est un produit. Seules les personnes âgées y sont présentes contrairement à ce qui se passe dans les autres provinces ou aux États-Unis. Nous l'avons vu dernièrement en regardant des photos d'un rassemblement d'une famille Lessard en Ontario (L’ESSART, vol. 11, no. 1). On y voit des jeunes enfants et des adolescents qui participent à cette réunion (http://thelessards.com/photos.html). Est-ce que cet état de fait est propre au Québec? J'aimerais répondre non, mais nous devons nous rendre à l'évidence devant le portrait que présentent nos rassemblements ou toutes autres activités qui touchent la généalogie, particulièrement.

Pourquoi cela est-il devenu une façon de vivre dans notre province? Est-ce le rejet d'une éducation trop étroite, répressive ou les effets d'un enseignement peu convaincant ou significatif de notre histoire locale? C'est vrai que notre éducation stricte était un peu difficile à vivre, mais ce n'est plus le cas depuis 35 ans; alors pourquoi rester prisonniers de ce mode de pensée? Notre trop grande liberté gagnée depuis ce temps y est-elle pour quelque chose? Le non-respect de l'autorité, à tous les niveaux, est-il une explication de notre manque d’appartenance? Nous voyons régulièrement chez les jeunes des démonstrations de force devant l'autorité. L'histoire qui nous fut enseignée est truffée de faussetés et son interprétation n'est pas mieux. Est-ce que cet enseignement chez nos voisins était meilleur ou est-ce qu'ils sont plus enclins à faire confiance à l'autorité ou aux enseignants? L’appartenance implique d’accepter l’autorité; ce qui n'empêche pas la critique constructive qui admet le dialogue et les manifestations pacifiques.

Toutes ces considérations ne nous apportent pas de solutions à notre problème d'appartenance. Que devons-nous faire pour trouver une façon de nous regrouper et de corriger cette façon de vivre? Si nous continuons dans le présent chemin, nous demeurerons un peuple réactif, qui ne se regroupe que pour ne pas perdre des acquis: l'école du village, le bureau de poste, l'église et l'usine, qui n'est peut-être plus rentable pour de grandes compagnies. On assiste alors à une mobilisation factice pour un unique but; mais dès que la tourmente est passée, cette mobilisation n'existe plus. Rarement nos mobilisations sont préparées pour gagner des choses, pour fraterniser ou pour avoir du plaisir avec tous et chacun. Le Grand tintamarre des Acadiens est un exemple d'une fête organisée par un peuple pour continuer la revendication du respect de sa langue, pour aussi marquer le fait qu'ils ont été déportés mais aussi ils fêtent et se réjouissent du fait qu'ils ont pu se rassembler en tant que peuple dans les provinces de l'Atlantique. Pour réussir ces mobilisations, il faut du courage et beaucoup d'efforts pour les organiser et surtout les rendre attrayantes.

C’est pourquoi je vous propose, en tant que membre de notre association, d’assurer l’appartenance des vôtres en les informant sur leurs origines, leurs grands-parents et arrière-grands-parents, sur les hauts faits de leurs ancêtres, peu importe l'importance pour la province ou le pays, sur l’histoire de leur patelin. Ainsi vous pourrez instiller une fierté et un sentiment de faire partie d’un groupe familial, municipal et même national. Comme disait un de nos prédécesseurs, « si vous ne connaissez pas votre passé, il ne sert à rien d'essayer de prévoir votre avenir ».

Martin Lessard

 Juin 2009

 

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